Q&R - Les traitements et vaccins à l’étude

Dimanche 31 mai 2020 - Mis à jour le Vendredi 12 juin 2020
La pandémie de Covid-19 a entrainé un nombre sans précédent d’essais cliniques sur des traitements potentiels et les vaccins visent à protéger les individus avant l’exposition au SARS-CoV-2, le virus qui cause la Covid-19.

Traitements

La pandémie de Covid-19 a entrainé un nombre sans précédent d’essais cliniques sur des traitements potentiels. Au début du mois de mai, l’OMS dénombrait dans le monde entier plus de 1200 essais cliniques enregistrés en lien avec la Covid-19, dont 721 essais randomisés et contrôlés. Parmi ceux-ci, 580 étaient en phase active de recrutement de participants.

 Presque tous ces essais étudient des médicaments conçus à l’origine pour le traitement d’autres maladies. Par exemple, l’hydroxychloroquine est un médicament antipaludéen également employé dans le traitement du lupus, l’association lopinavir/ritonavir est utilisée pour traiter les infections par le VIH, tocilizumab est indiqué dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde, et à l’origine le remdésivir a été développé pour le traitement de la grippe . Des médicaments entièrement nouveaux pourraient être développés spécifiquement pour le traitement de la Covid-19, mais cela prendra beaucoup plus de temps. 

La plupart des essais en cours portent sur le traitement des patients atteints de la Covid-19 hospitalisés qui présentent des formes modérées, sévères ou graves de la maladie. Quelques essais ont été menés à bien et leurs résultats ont été rendus publics ; il n’y a cependant pas encore d’avancées majeures. La plupart des essais comparent un seul traitement à un traitement standard (la norme de soin) ou à un placebo. 

Quelques essais plus importants cherchent à comparer plusieurs traitements candidats, parmi eux l’essai Solidarity soutenu par l’OMS prend en considération quatre options thérapeutiques ; le recrutement des participants a commencé dans de nombreux pays. Des essais similaires à plusieurs bras sont en cours à l’échelle nationale ou régionale comme l’essai Recovery coordonné par l’Université d’Oxford, le NIHR et le UKRI au Royaume-Uni. Au sein du consortium Reacting, l’INSERM supervise l’étude Discovery en France et au Luxembourg ; aux États-Unis, le NIAID organise de l’essai ACTT.

Un nombre moins important d’essais portent sur le traitement des patients atteints de la Covid-19 qui n’ont pas besoin d’être hospitalisés. La plupart des patients atteints de formes modérées de la maladie se rétabliront sans traitement particulier. Une stratégie visant à prévenir l’aggravation des cas bénins pourrait cependant s’avérer extrêmement utile dans les régions où l’accès aux soins avancés est limité. Étudier ce type de stratégie requiert un grand nombre de participants, et plusieurs initiatives ont été lancées comme AntiCov, coordonné par DNDi qui recrutera des patients dans de nombreux pays africains et comporte des essais conduits par Epicentre (cf. infra). 

Les résultats de ces essais dynamiques contribueront à l’évaluation de l’efficacité des médicaments candidats. Aux États-Unis, la FDA a ainsi accordé une autorisation d’urgence pour le traitement par remdésivir des patients hospitalisés atteints de formes graves de la Codiv-19. La facilité d’utilisation des médicaments (voie orale ou formulation injectable) jouera un rôle important dans l’accès aux traitements.

Enfin, l’évaluation de médicaments à visée prophylactique pour les professionnels de santé à haut risque suscite un intérêt certain. C’est dans cette démarche que s’inscrit un essai international majeur dirigé par l’Université d’Oxford dans lequel Epicentre est impliquée (cf. infra). 
 

Vaccins

Les vaccins visent à protéger les individus avant l’exposition au SARS-CoV-2, le virus qui cause la Covid-19. Le but est d’aider le système immunitaire à reconnaitre et à détruire le virus lorsqu’il le rencontre empêchant ainsi l’infection. Il existe de nombreux types de vaccins possibles. Il y a au moins huit différents types de vaccins en cours de développement contre le SARS-CoV-2 à partir de différents virus ou composants viraux.

En raison de la pandémie, de nombreux groupes travaillent à un vaccin contre le SARS-CoV-2 ; plusieurs sont soutenus par la Coalition pour les innovations de préparations aux épidémies (CEPI). À l’heure actuelle, dans le monde entier, au moins 120 projets connus publiquement se concentrent sur le développement d’un candidat vaccin. Il y en a certainement plus. Certains sont déjà passé la première phase d’évaluation de la sécurité chez l’humain : des essais cliniques sont en cours pour huit d’entre eux (deux constructions vaccinales à base d’ARNm aux États-Unis et en Allemagne, une construction à base de plasmide d’ADN aux États-Unis, une construction à base d’adénovirus de type 5 en Chine, une construction à base d’adénovirus de chimpanzé au Royaume-Uni en partenariat avec le Serum Institute of India, trois vaccins inactivés à virion entier en Chine).

En voici un aperçu :

  • Moderna, États-Unis. Ce vaccin à base d’ARN messager (ARNm) fait actuellement l’objet d’un essai clinique de phase 1 à Seattle, dans l’État de Washington. Dans le cas des vaccins à ARNm, l’acide nucléique est inséré dans des cellules humaines qui produisent ensuite de nombreuses copies de la protéine virale ; la plupart de ces vaccins codent la protéine de spicule du virus. L’étude compte 45 volontaires sains âgés de 18 à 55 ans qui reçoivent deux doses à 28 jours d’intervalle. Le laboratoire ayant développé d’autres vaccins à ARNm auparavant sans problème majeur en matière d’innocuité, ses équipes ont donc pu passer rapidement à la phase I. 
     
  • Inovio, États-Unis. Le laboratoire travaillait déjà à un vaccin à ADN contre MERS qui est causé par un autre coronavirus. Pour cette raison, il lui a été possible de développer rapidement un candidat vaccin contre le SARS-Cov-2. L’essai de phase I d’Inovio implique 40 volontaires.
     
  • Université d’Oxford, Royaume-Uni. Il s’agit d’un vecteur vaccinal à base d’adénovirus de chimpanzé (ChAdOx1) développé à l’Institut Jenner de l’Université d’Oxford. C’est un vaccin à dose unique qui n’utilise pas le procédé de réplication de virus, il ne peut donc pas provoquer d’infection chronique chez l’individu vacciné. Un essai clinique qui compte plus de 500 participants a commencé à la fin du mois d’avril. C’est un essai de phase I/II. Le vaccin utilise un virus modifié pour activer le système immunitaire.
     
  • Institut Pasteur/Thémis. Cette stratégie dérive du vaccin vivant atténué contre la variole, un vaccin humain sûr et efficace, modifié pour exprimer des antigènes supplémentaires, dont ceux du SARS-CoV-2.
     
  • Fabricants de vaccins. Johnson & Johnson et Sanofi travaillent tous deux à leur propre vaccin. Le vaccin de Johnson & Johnson est un vecteur vaccinal à base d’adénovirus et le laboratoire a l’expérience de cette plateforme bien qu’aucun vaccin ne soit homologué avec celle-ci. Pfizer s’est également associé avec un laboratoire allemand pour développer un vaccin. Leur essai clinique initial avec 200 participants a pu débuter à la fin du mois d’avril. Les deux laboratoires ont commencé les tests sur l’homme aux États-Unis au début du mois de mai.


Il est important de souligner que les questions concernant le nombre de doses nécessaires, la durée de l’immunité et d’autres problèmes essentiels n’ont pas encore de réponses. Il convient de garder à l’esprit qu’il s’agit de candidats vaccins en cours de développement et d’un nouveau virus chez l’humain. Il est également impossible de prévoir avec certitude le niveau d’immunogénicité des candidats vaccins ou leur efficacité clinique en matière de prévention de la maladie.

Au même moment, des essais cliniques en cours aux Pays-Bas et en Australie cherchent à découvrir si des vaccins existants pour la tuberculose (BCG) pourraient aussi protéger les professionnels de santé contre le SARS-CoV-2. Les vaccins existants pourraient stimuler le système immunitaire pour aider à combattre l’infection. Aucune preuve ne vient pour l’instant confirmer cette théorie connue également sous le nom d’effets non spécifiques des vaccins. 
 

Que fait Epicentre ?

Epicentre collabore dans différents domaines de recherche avec les autorités nationales et plusieurs partenaires dans divers pays africains.

Traitements
Dans le domaine de la prophylaxie, Epicentre participe à un effort international d’implémentation de l’étude CopCov dans un ou plusieurs pays africains. Cette étude internationale sur la prophylaxie dirigée par l’Université d’Oxford (Royaume-Uni) et financée par le Wellcome Trust a pour objectif de tester dans le cadre d’un essai clinique de grande envergure, l’utilisation de l’hydroxychloroquine chez près de 40 000 professionnels de santé répartis sur 50 à 100 sites. Les autorités nationales nigériennes devraient donner leur approbation avant la fin du mois de mai. Le Ghana envisage de participer à cet essai.
 
Pour les cas de sévérité légère à modérée, Epicentre propose l’étude TrasCov pour évaluer diverses options thérapeutiques par comparaison avec la norme de soins dans différentes situations : cas de Covid-19 suspectés, confirmés ou potentiels. L’essai est en attente d’autorisation par les autorités nationales nigériennes ainsi qu’en attente de financement. Les résultats de cet essai, si approuvé, seront regroupés avec ceux générés dans le cadre de l’étude internationale AntiCov coordonnée par la DNDi qui envisage de recruter 3000 patients dans au moins 15 pays africains et sur 28 sites.

Vaccins 
Epicentre participe également à des comités d’évaluation formels ou informels pour différents candidats vaccins et pourrait participer à des essais si cela était jugé pertinent et nécessaire. 

Pour en savoir plus