Q&R - Surveillance épidémiologique de la Covid-19

Dimanche 31 mai 2020 - Mis à jour le Lundi 22 juin 2020
La réponse aux épidémies nécessite l’association de données de grande qualité et d’analyses appropriées.

Le recueil des données et les limitations de la réponse à la pandémie de la Covid-19

La réponse aux épidémies nécessite l’association de données de grande qualité et d’analyses appropriées. Lorsqu’une épidémie initialement localisée acquiert le statut de pandémie, cette association devient un élément essentiel pour assurer la coordination, la préparation et le contrôle à l’échelle mondiale. 

Cependant, l’accès à des analyses rigoureuses devient difficile pendant les situations d’urgence en  raisons par exemple de la faiblesse des systèmes de santé, des obstacles à l’accès aux soins, des capacités de tester, de la capacité parfois limitée de recueil et de gestion des données ou encore des moyens insuffisants pour procéder aux analyses appropriées.
 
Ces contraintes ont pu être identifiés lors des grandes épidémies de choléra  en Haïti ou au Yémen dans le cadre de la septième pandémie. Les épidémies de choléra dans ces deux pays ont illustré les difficultés à apprécier l’ampleur de la propagation et de la mortalité et de leur évolution du fait d’obstacles à l’accès au dépistage et aux soins de santé. La mise en place d’interventions de santé publique adaptées s’en est trouvée compromise (1,2,3).

Dans le contexte de la pandémie de la Covid-19, de nombreux pays, y compris ceux qui se montrent en général réticents à partager des données, ont donné accès aux informations cliniques et épidémiologiques pertinentes (4). 

Pour autant, les différences d’accès aux soins de santé et aux tests de laboratoire sont actuellement deux des principales limitations qui empêchent d’avoir une vision plus claire de la pandémie de Covid-19. 

Au cours des trois derniers mois, la plupart des pays ont recommandé d’adopter des mesures de distanciation sociale et de limiter le recours aux soins hors situation d’urgence afin d’éviter l’engorgement des systèmes de santé. Ces mesures peuvent également limiter l’accès aux soins des individus porteurs du SARS-CoV-2 qui redoutent l’isolement à l’hôpital ou le contact avec le virus dans les établissements de santé. 

En lien avec la disparité des stratégies de dépistage, un simple indicateur comme le nombre de tests effectués par cas détecté, révèle de grandes différences parmi les pays qui présentent des niveaux similaires d’incidence de la maladie. 

Par exemple, en Allemagne près de 15 tests ont été effectués pour un cas détecté, alors qu’en France on comptait environ 4 tests par cas dépisté (5). Des capacités de test insuffisantes peuvent avoir limité la détection précoce de foyers épidémiques et de ce fait, la rapidité de la mise en place de mesures de contrôle. De plus, le dépistage et l’isolation des individus infectés avec excrétion active du virus sont des mesures de contrôle importantes en elles-mêmes qui ne peuvent être implémentées de manière optimale que lorsque des infrastructures de tests décentralisées sont en place.

L’accès aux soins de santé et aux tests devient d’autant plus important quand ces soins et les systèmes de surveillance sont limités. Le principal risque associé à ces deux limitations est un retard de détection précoce des foyers d’infection qui peut avoir des conséquences désastreuses pour les capacités de contrôle de la flambée épidémique.

Les premières observations en Afrique

Dans plusieurs régions du monde, dont la Chine, l’Europe et les États-Unis, on a pu observer ces dernières semaines des tendances consolidées à la baisse. À l’inverse, dans d’autres régions dont l’Afrique, on observe une augmentation du nombre de cas et de décès qui nécessite une attention et un suivi tout particulier. 

Une observation significative et documentée dans plusieurs pays africains montre que l’augmentation du nombre de cas est moins importante que prévu en se référant aux tendances observées en Europe. Ainsi, dans la plupart des pays européens ou aux États-Unis, le nombre de cas doublait tous les 2 ou 3 jours pendant les quatre premières semaines, alors qu’en RDC, au Cameroun et en Afrique du Sud, il faut attendre plus de 10 jours pour constater une telle augmentation (6). Cette transmission moins rapide entraîne un pic épidémique plus modeste en ce qui concerne le nombre de cas et les besoins médicaux ; ce pic a également lieu plus tardivement. Cette dynamique plus lente laisse plus de temps pour préparer et mettre en place une réponse nationale adéquate à la pandémie de Covid-19. Ce temps supplémentaire, utilisé à bon escient, devrait permettre une réduction des impacts directs ou indirects de la Covid-19 sur la santé dans les mois à venir. 

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette tendance, comme par exemple le nombre plus faible de cas importés, l’adoption précoce de mesures de contrôle comme la distanciation sociale et l’interdiction des rassemblements de masse, des infrastructures de transport limitées, ou une meilleure préparation et une plus grande résilience face aux épidémies. D’autres facteurs comme la plus grande taille des ménages sous un même toit ou un mélange intergénérationnel plus important peuvent à contrario devenir des facteurs de risque de propagation si la transmission de la maladie n’est pas contenue. Des analyses complémentaires sont nécessaires pour les consolider et avoir une meilleure appréciation de la dynamique en Afrique
 

Que fait Epicentre ?

La compréhension des épidémies locales est cruciale pour fournir des indications utiles aux opérations. Epicentre apporte son soutien au ministère de la Santé dans plusieurs pays (comme la RDC ou le Cameroun) et à de nombreuses missions de MSF pour recueillir, analyser et interpréter l’évolution de la pandémie de Covid-19 et éclairer la mise en œuvre des réponses nationales. 

Les analyses locales, associées à des programmes adaptés, et prenant en considération les représentations de la population, constituent la marche à suivre pour minimiser les coûts sociaux, économiques, et sanitaires de cette pandémie.

Pour en savoir plus

1. Luquero FJ, Rondy M, Boncy J, Munger A, Mekaoui H, Rymshaw E, Page AL, Toure B, Degail MA, Nicolas S, Grandesso F, Ginsbourger M, Polonsky J, Alberti KP, Terzian M, Olson D, Porten K, Ciglenecki I. Mortality Rates during Cholera Epidemic, Haiti, 2010-2011. Emerg Infect Dis. 2016 Mar;22(3):410-6. doi: 10.3201/eid2203.141970.

2. Page AL, Ciglenecki I, Jasmin ER, Desvignes L, Grandesso F, Polonsky J, Nicholas S, Alberti KP, Porten K, Luquero FJ. Geographic distribution and mortality risk factors during the cholera outbreak in a rural region of Haiti, 2010-2011. PLoS Negl Trop Dis. 2015 Mar 26;9(3):e0003605. doi: 10.1371/journal.pntd.0003605. 

3. Camacho A, Bouhenia M, Alyusfi R, Alkohlani A, Naji MAM, de Radiguès X, Abubakar AM, Almoalmi A, Seguin C, Sagrado MJ, Poncin M, McRae M, Musoke M, Rakesh A, Porten K, Haskew C, Atkins KE, Eggo RM, Azman AS, Broekhuijsen M, Saatcioglu MA, Pezzoli L, Quilici ML, Al-Mesbahy AR, Zagaria N, Luquero FJ. Cholera epidemic in Yemen, 2016-18: an analysis of surveillance data. Lancet Glob Health. 2018 Jun;6(6):e680-e690. doi: 10.1016/S2214-109X(18)30230-4

4. Azman AS, Luquero FJ. From China: hope and lessons for COVID-19 control. Lancet Infect Dis. 2020 Apr 3. pii: S1473-3099(20)30264-4. doi: 10.1016/S1473-3099(20)30264-4.

5. https://www.finddx.org/covid-19/

6. https://epiforecasts.io/covid/posts/global/