Journée scientifique 2026 : Ce qu’il faut retenir

Lundi 28 septembre 2026
Introduction
Session après session, découvrez les principaux enseignements des dernières études menées par Epicentre, mais aussi, à l'occasion des 40 ans de l'organisation, les acquis et les leçons tirés de quatre décennies d'engagement dans ce domaine.

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JS 2026 actu
Corps éditorial

Organisée dans le cadre des 40 ans d’Epicentre, la Journée scientifique 2026 a couvert des thèmes allant de la tuberculose infantile et des fièvres hémorragiques au choléra, en passant par les maladies évitables par la vaccination et les nouveaux enjeux sanitaires. Les présentations ont mis en évidence la manière dont la recherche opérationnelle continue de fournir des données qui améliorent la prise en charge des patients et renforcent les interventions humanitaires.

Retrouvez sur cette page les messages clés de chaque session et les principaux enseignements à retenir pour l’action sur le terrain. Ces contributions reflètent l'engagement d’Epicentre à produire des données probantes au service des patients, des programmes de santé et de l’action humanitaire.

Session | Diagnostic et prise en charge de la tuberculose chez l’enfant

Depuis près de quarante ans, Epicentre accompagne les programmes de lutte contre la tuberculose (TB) menés par MSF, en répondant aux grandes questions de terrain qui ont jalonné l'évolution de cette maladie. La co-infection TB-VIH a été l'un des principaux moteurs des travaux d'Epicentre sur la TB. Les premières recherches se sont notamment intéressées à la prévalence de la TB au sein des cohortes de patients vivant avec le VIH, ainsi qu'aux modalités des traitements auto-administrés. Parallèlement, les recherches se sont intéressées à l'optimisation des traitements, longtemps caractérisés par leur durée et leur lourdeur. Ces activités de recherche ont contribué au renforcement des capacités de recherche locales, notamment à travers la mise en place d'un laboratoire à Mbarara en Ouganda, devenu un acteur clé dans plusieurs projets de recherche sur la TB et d’autres pathologies.

En collaboration avec plusieurs partenaires, Epicentre a notamment participé à des études évaluant l'intérêt d'une augmentation des doses de rifampicine afin de raccourcir la durée des traitements tout en maintenant leur efficacité, à l’étude STATIS sur l'intérêt d'une initiation empirique du traitement antituberculeux chez des patients à haut risque lorsque le diagnostic reste difficile à établir rapidement ou endTB qui a évalué des traitements plus courts, moins toxiques et plus efficaces contre la « TB multirésistante ». 

La question du diagnostic occupe depuis longtemps une place centrale dans les travaux d'Epicentre sur la TB. De nombreuses méthodes ont été évaluées au fil du temps, notamment sur le TB-LAM, un test réalisé sur le lieu de soins (point-of-care test) qui est utile chez les patients vivant avec le VIH (plusieurs études TB-LAM) et sur le GeneXpert® MTB/RIF qui a constitué une avancée majeure pour améliorer le diagnostic, 

Un des enjeux majeurs reste le diagnostic de la TB pédiatrique, encore largement insuffisant, avec près de 50 % des cas non diagnostiqués. Cette problématique était au cœur de la session. En l’absence de tests adaptés, l’OMS recommande désormais l’utilisation d’algorithmes de décision thérapeutique (ADT), basés sur des signes cliniques et des anomalies radiologiques (si la radiographie est disponible), permettant d’attribuer un score et d’initier rapidement un traitement. De plus, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande un schéma thérapeutique court pour les enfants atteints de formes de TB non sévères, mais qui est très peu utilisé dans la pratique.

Dans le cadre du projet TACTiC de MSF, Epicentre coordonne des recherches opérationnelles pour évaluer la performance diagnostique et la faisabilité et acceptabilité de ces algorithmes dans cinq pays (étude TB ALGO PED), ainsi que la mise en œuvre de traitements courts dans deux pays (étude 4-months regimen).

Diagnostic de la TB chez les enfants atteints de malnutrition aiguë sévère (MAS)

Le diagnostic de la TB est particulièrement difficile chez ces enfants. La perte de poids fait partie des signes indicateurs de TB et des symptômes liés à d’autres maladies fréquentes chez les enfants malnutris peuvent ressembler à ceux de la TB. L’étude menée montre que les ATD ont une bonne sensibilité et une spécificité acceptable chez ces enfants. Par ailleurs l’étude a contribué au renforcement des capacités des équipes locales et à l’intégration des ADT dans les recommandations nationales.

L’étude a également évalué deux tests urinaires TB-LAM chez les enfants MAS. Ces tests réalisés à partir d’un échantillon d’urine, sont simples à réaliser. L’étude a montré que le test Determine TB-LAM, recommandé par l’OMS chez les enfants vivant avec le VIH, présente une faible spécificité chez les enfants malnutris sans VIH, limitant son usage. En revanche, le test FujiLAM, avec une spécificité élevé pourrait avoir une valeur diagnostique, mais la sensibilité du test reste faible.

Intelligence artificielle et radiographie thoracique chez les enfants

La radiographie est essentielle au diagnostic de la TB mais son interprétation est souvent difficile pour les cliniciens non-spécialistes. L’étude menée a montré que les outils d’interprétation assistée par ordinateur (computer aided-detection, CAD), approuvée par l’OMS pour l’interprétation des radiographies thoraciques pour la détection de la TB pulmonaire chez les adultes, restent peu performants chez l’enfant en raison de différences radiologiques. L’étude menée montre que le CAD est un outil prometteur, mais ses performances restent insuffisantes pour un usage clinique pédiatrique. Il est donc nécessaire de développer des modèles spécifiques et adaptés aux enfants

Mise en œuvre d’un traitement courts (4 mois) pour la TB chez les enfants

Une étude par méthodes mixtes menée aux Philippines et en Ouganda a évalué l’implémentation d’un régime de traitement court de 4 mois pour des enfants atteints de formes de TB non-sévères. Elle a montré que le traitement de 4 mois est faisable avec un taux d’éligibilité élevé en soins primaires. Sa mise en œuvre même sans radiographie thoracique est possible. L’adoption du traitement court à grande échelle pourrait améliorer les résultats cliniques tout en optimisant l’utilisation des ressources.

Cette session met en évidence des avancées concrètes pour améliorer le diagnostic et la prise en charge de la TB pédiatrique, tout en soulignant la nécessité d’outils mieux adaptés aux enfants.

Session | Fièvres hémorragiques

Cette session a porté sur deux fièvres hémorragiques aux dynamiques de transmission distinctes : la fièvre de Lassa et la maladie à virus Ebola.

La fièvre de Lassa demeure l’une des maladies les plus négligées en Afrique de l’Ouest, bien qu’elle soit responsable de milliers de décès chaque année. En l’absence de vaccin homologué, elle figure parmi les agents pathogènes prioritaires de l’OMS. Epicentre collabore actuellement à une étude multicentrique menée au Liberia, au Nigeria, au Bénin et en Sierra Leone, visant à mieux documenter l’épidémiologie de cette maladie : incidence, niveau de séroprévalence, identification des groupes à risque et évaluation de sa gravité. Ces données sont essentielles pour orienter la conception des futurs essais cliniques de vaccins.

Incidence de la fièvre de Lassa dans les communautés à risque de l'Afrique de l'Ouest : quelques résultats du programme Enable

Parmi les principaux enseignements présentés, il ressort que la fièvre de Lassa reste une maladie relativement rare, mais probablement sous-diagnostiquée dans les zones à forte prévalence. Les enfants semblent exposés à un risque similaire à celui des adultes. Les résultats préliminaires (non disponibles dans cette vidéo) suggèrent que les essais vaccinaux nécessiteront des échantillons de grande taille. Toutefois, une sélection rigoureuse des communautés d’étude ainsi qu’une surveillance active pourraient en améliorer la faisabilité. Il apparaît également crucial d’inclure les enfants dans le développement vaccinal et de renforcer les mesures de prévention au niveau des foyers.

Hétérogénéité et facteurs déterminants de la transmission du virus Ebola : enseignements tirés de la 10e épidémie en RDC

La seconde présentation s’est intéressée à la reconstruction des chaînes de transmission lors de la 10ᵉ épidémie d’Ebola (2018–2020), causée par l’Orthoebolavirus Zaïre. Cette analyse a permis de mieux comprendre les mécanismes de propagation du virus. Un constat majeur se dégage : une minorité d’individus est responsable de la majorité des transmissions, tandis qu’environ 80 % des personnes infectées ne transmettent pas la maladie. Cependant, l’absence de profil type des individus les plus contagieux complique la mise en place de stratégies de ciblage efficaces.

Les analyses montrent que plusieurs facteurs augmentent significativement le risque de transmission, notamment l’absence d’isolement rapide, le décès en dehors d’une structure spécialisée, le fait de ne pas être identifié comme cas contact ou encore une durée prolongée passée en communauté sans prise en charge.

Bien que ces résultats soient spécifiques à l’espèce Orthoebolavirus Zaïre, ce travail mené par Epicentre fournit des enseignements précieux pour mieux appréhender les dynamiques de transmission lors d’autres épidémies, notamment celle causée par le virus Bundibugyo, déclarée le 15 mai 2026 en République démocratique du Congo.

Session | Nouveaux enjeux de santé : évolution des besoins et adaptation des réponses aux réalités du terrain

Face à l'émergence de nouveaux défis sanitaires (oncologie, drépanocytose, ABR), cette session a illustré la volonté de MSF et d'Epicentre de s'engager sur des problématiques complexes, malgré les contraintes opérationnelles qu'elles soulèvent. Elle a également rappelé le rôle central de la recherche opérationnelle pour produire des données de qualité, suivre les patients au plus près de leurs besoins et développer des solutions adaptées aux réalités des terrains d'intervention. Cet héritage trouve ses racines dans des décennies d'innovation et d'apprentissage autour de la prise en charge du VIH à grande échelle. Il continue aujourd'hui d'alimenter les progrès dans la lutte contre le VIH, notamment auprès des populations les plus exposées comme les travailleuses du sexe au Malawi, tout en fournissant des approches et des outils mobilisables pour répondre à de nouveaux enjeux de santé publique.

Adoption et persistance du CAB-LA dans les hotspots de travail du sexe au Malawi

Une étude menée auprès de travailleuses du sexe dans 21 hotspots au Malawi a ainsi exploré l'adoption de différentes stratégies de prévention du VIH, dont le cabotégravir injectable à action prolongée (CAB-LA). Les premiers résultats montrent une préférence marquée pour le CAB-LA par rapport à la PrEP orale quotidienne, les participantes mettant en avant sa praticité et sa discrétion. L'étude a également observé une utilisation plus longue chez les utilisatrices du CAB-LA, tout en identifiant plusieurs leviers pour renforcer son adoption à long terme, notamment la sensibilisation, le soutien par les pairs et l'adaptation des modèles de prise en charge.

IA et génotypage HPV pour détecter les lésions précancéreuses du col

Une autre présentation a porté sur le dépistage et la prise en charge des lésions précancéreuses du col de l’utérus. Ce cancer, dont près de 80 % des décès surviennent dans les pays à revenu faible et intermédiaire, est causé par une infection persistante par certains types de papillomavirus humain (HPV), dont 13 types sont particulièrement à risque de provoquer un cancer. L’étude PAVE évalue une approche innovante combinant le génotypage du HPV à parti d’un auto-prélèvement et une évaluation visuelle automatisée (AVE) par intelligence artificielle. L’objectif est d’identifier les femmes présentant les lésions précancéreuses les plus à risque et de leur proposer un traitement rapide par thermocoagulation. Menée auprès de 50 000 femmes, l’étude montre que cette stratégie permet une excellente stratification du risque et a permis d’identifier près de 98 % des lésions précancéreuses de haut grade (CIN3+). Les résultats suggèrent que l’association du génotypage HPV et de l’AVE pourrait faciliter une prise en charge ciblée et plus accessible du cancer du col de l’utérus, y compris chez les femmes vivant avec le VIH.

Faisabilité et acceptabilité de la prise en charge à base d’hydroxyurée des enfants drépanocytaires 

Une troisième présentation s’est intéressée à la drépanocytose, l’une des maladies génétiques les plus répandues en Afrique. Au Niger, environ une personne sur vingt est porteuse de la maladie. Bien que l’hydroxyurée soit reconnue pour réduire les complications et améliorer le pronostic des patients, son utilisation reste limitée en raison de son coût et de craintes liées à ses effets secondaires. Dans le cadre d’un projet pilote mené auprès d’enfants suivis par MSF dans les régions de Diffa et Madarounfa, les chercheurs ont évalué la faisabilité, l’acceptabilité et l’impact de ce traitement sur la qualité de vie.

Les résultats préliminaires montrent une amélioration significative de la qualité de vie après six mois de traitement, encore plus marquée après dix-huit mois. Les bénéfices les plus importants concernent la réduction de la douleur, l’état émotionnel des enfants et la diminution des inquiétudes liées à la maladie. Les entretiens réalisés auprès des patients, de leurs familles et des soignants mettent également en évidence une baisse du recours aux soins, notamment aux transfusions sanguines, ainsi qu’une meilleure socialisation des enfants et une diminution de l’anxiété familiale.

Ces résultats encourageants confirment l'acceptabilité de l’utilisation de l’hydroxyurée en milieu rural et soutiennent son déploiement à plus grande échelle.

L’objectif est désormais d’élargir progressivement l’accès à l’hydroxyurée en maintenant un bon suivi clinique et biologique sur le long terme et en renforçant le dépistage, les parcours de référence des patients au niveau national et le plaidoyer pour un accès abordable au traitement. 

Nouvel outil de surveillance et d’alertes pour les infections acquises à l'hôpital 

La dernière présentation a porté sur HAI-SAT, un outil actuellement en développement combinant les plateformes KoboCollect et WHONET pour améliorer la surveillance des infections acquises à l'hôpital (HAI). Ces dernières touchent environ 7 % des patients dans les pays à revenu élevé et jusqu’à 15 % dans les pays à revenu faible et intermédiaire. L’objectif de HAI-SAT est de centraliser et d'analyser les données de surveillance afin d'accélérer la détection des infections nosocomiales, l'identification des clusters et la mise en œuvre de réponses opérationnelles adaptées. À terme, cet outil pourrait renforcer significativement la surveillance des infections associées aux soins et contribuer à améliorer la sécurité des patients dans les contextes d’intervention de MSF.

 

Session | Choléra

Bien que le choléra soit une maladie ancienne, simple à prévenir et à traiter, il demeure un enjeu majeur de santé publique avec près de 600 000 cas et 8 000 décès rapportés en 2025. Disparu d’Europe depuis plus de 150 ans grâce à l'amélioration des conditions de vie, de l'accès à l'eau potable et de l'assainissement, il continue aujourd’hui de toucher les populations les plus vulnérables, vivant dans les contextes de pauvreté, d’exclusion et de conflit, expliquant sa présence persistante dans les pays d'interventions de MSF et d’Epicentre.

Il y a trois à quatre ans, la recrudescence mondiale du choléra a imposé un changement d’échelle de la réponse. Mais au-delà de l’augmentation du nombre de cas, c’est aussi le profil même de la maladie qui a évolué : davantage de pays sont confrontés à des épidémies dépassant les 10 000 cas, les transmissions transfrontalières se multiplient et les vagues épidémiques tendent à se prolonger dans le temps, y compris dans des zones historiquement peu touchées. La situation en République démocratique du Congo (RDC) illustre cette évolution. L’épidémie de 2025 a été la plus grave observée depuis 25 ans, avec une propagation rapide jusque dans des zones non endémiques et des taux de létalité dépassant 3 %.

Pourtant, les outils de contrôle du choléra sont bien connus : détection précoce des cas, surveillance en temps réel, adaptation rapide des stratégies, décentralisation de la prise en charge, engagement communautaire et amélioration de l’accès à l’eau et à l’assainissement. La question n’est donc pas tant de savoir quoi faire, mais comment le faire efficacement dans des contextes humanitaires de plus en plus complexes, marqués par l’insécurité, les contraintes pesant sur les systèmes de santé, les déplacements de populations ou encore la désinformation.

C’est précisément dans ces situations que la recherche opérationnelle prend tout son sens. 

Dynamique du choléra en RDC et l’impact de la vaccination préventive orale (VCO) dans des zones endémiques de l’Est du pays

Alors que la vaccination réactive est utilisée en contexte épidémique aux côtés des interventions WASH, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande dans les zones endémiques des campagnes préventives de masse à deux doses. 

L’étude s’est intéressée à deux contextes différents : Goma, zone urbaine marquée par l’arrivée massive de personnes déplacées internes, et Bukama, zone rurale. À Goma, l’analyse montre que l’augmentation des cas a coïncidé avec l’ouverture des camps de déplacés et que l’épidémie s’est principalement concentrée dans les zones de santé où des camps sont présents. L’impact des vaccinations VCO est donc difficile à établir dans un contexte où l’arrivée de déplacés a brouillé le signal, cependant ces résultats plaident pour une priorisation des campagnes préventives auprès de des populations déplacées, en complément de mesures WASH renforcées.

À Bukama, l'incidence du choléra présentait une forte variation saisonnière ; la vaccination préventive s'est avérée efficace pour prévenir de futures épidémies au cours de la saison des pluies suivante, mais uniquement dans des conditions optimales (2 doses avec forte couverture). 

Dans l’ensemble, les résultats confirment l’intérêt de la vaccination préventive contre le choléra dans les zones endémiques dans certains contextes, tout en soulignant l’importance d’obtenir une forte couverture vaccinale et de cibler en priorité les populations les plus exposées, notamment les déplacés et les communautés vivant dans les zones lacustres. 

Essai randomisé d’immunogénicité évaluant la non-infériorité d’une seconde dose retardée du vaccin oral contre le choléra (VCO), Euvichol-Plus®

La vaccination orale contre le choléra avec Euvichol-Plus® repose sur un schéma à deux doses administrées à deux semaines d’intervalle. Toutefois, ce calendrier est difficile à mettre en œuvre lors de campagnes de grande ampleur, en particulier dans les contextes d’urgence, où les contraintes logistiques et la pénurie mondiale de vaccins ont conduit à l’adoption temporaire d’une stratégie à dose unique en 2022.

Or, si une dose unique permet d’élargir rapidement la couverture vaccinale, elle offre une protection plus courte. La seconde dose demeure donc essentielle pour assurer une protection optimale et durable. De plus, plusieurs données suggéraient qu’un intervalle de deux semaines pourrait être trop court pour stimuler pleinement la mémoire immunitaire.

Pour répondre à cette question, un essai randomisé mené à Conakry en Guinée auprès de participants âgés de 1 à 39 ans a comparé trois schémas vaccinaux : une seconde dose administrée après 2 semaines (schéma standard), 6 mois ou 12 mois. L’objectif était de démontrer la non-infériorité immunologique des intervalles prolongés pour les sérotypes Inaba et Ogawa de Vibrio cholerae O1.

Les résultats montrent que les schémas avec une seconde dose administrée à 6 ou 12 mois sont non inférieurs au schéma standard en termes de réponse immunitaire contre V. cholerae O1, responsable de la quasi-totalité des épidémies actuelles. Ces résultats apportent des preuves solides en faveur de stratégies vaccinales plus flexibles, permettant de différer la seconde dose sans compromettre l’immunité à long terme.

Session | Maladies évitables par la vaccination

Les épidémies de méningite et de rougeole restent des menaces majeures dans les contextes de crise humanitaire. Depuis près de 40 ans, Epicentre, aux côtés de MSF et de ses partenaires, développe des recherches visant à améliorer la prise en charge des patients et à adapter les stratégies de prévention aux réalités des terrains les plus fragiles.

Pour la méningite, les travaux d'Epicentre ont contribué à simplifier progressivement les traitements afin de les rendre accessibles dans des contextes de fortes contraintes opérationnelles. Des essais menés au Niger et au Mali ont permis de valider d'abord l'utilisation du chloramphénicol huileux, puis celle de la ceftriaxone en dose unique, facilitant considérablement la prise en charge lors des épidémies. Les recherches ont également contribué à faire évoluer les systèmes d'alerte et les seuils de réponse de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Évaluation de l’efficacité vaccinale du Nm5CV au Niger

L'introduction du vaccin MenAfriVac en 2010 a permis d’éliminer les grandes épidémies de méningite à méningocoque A dans la ceinture africaine. Plus récemment, le vaccin pentavalent NmCV-5, ciblant les sérogroupes A, C, W, X et Y, offre une nouvelle stratégie de prévention. L’étude cas-témoin présentée lors de cette session et menée au Niger a montré une efficacité vaccinale sur le terrain supérieure à 90 %. Toutefois, certains sérogroupes, notamment C et W, continuent de circuler, soulignant la nécessité de poursuivre les recherches, notamment sur l'impact du vaccin sur le portage bactérien.

Élaboration de stratégies de vaccination contre la rougeole adaptées au contexte local en République démocratique du Congo 

La seconde partie de la session était consacrée à la rougeole. Malgré l'existence d'un vaccin efficace, près de 100 000 cas ont encore été recensés dans le monde en 2024. Un tournant majeur a été franchi en 2005 lorsque les travaux d'Epicentre au Niger ont démontré l'intérêt de vacciner même en pleine épidémie. Depuis, les stratégies se sont affinées grâce à l'analyse des données épidémiologiques, permettant de mieux cibler les groupes et les zones les plus à risque.

Aujourd'hui, l'objectif est d'anticiper plutôt que de réagir. Les travaux présentés en République démocratique du Congo illustrent cette évolution. À travers le projet UrgEpi, Epicentre et MSF combinent enquêtes de couverture vaccinale, études mixtes et études qualitatives afin d'identifier les freins à la vaccination, orienter les campagnes et adapter les messages aux réalités locales. Cette approche a permis d'augmenter la couverture vaccinale jusqu'à 27 points dans certaines zones.

Les résultats de ces travaux confirment l'importance d'une approche fondée sur les données pour mieux cibler les interventions, renforcer l'adhésion des communautés et identifier les poches de sous-vaccination. Ils illustrent l'évolution des stratégies de lutte contre les maladies évitables par la vaccination : passer d'une réponse aux épidémies à une démarche d'anticipation et de prévention.

Session | Mortalité : mesurer pour agir, témoigner et orienter les réponses humanitaires

Cette session a tout d’abord rappelé l’importance des enquêtes de mortalité dans l'action humanitaire. L'expérience acquise par MSF dans les camps de réfugiés a progressivement conduit à l'identification de10 priorités essentielles en santé publique - elles se sont depuis étoffées - dans les situations d'urgence humanitaire complexe. Parmi elles figurent les évaluations rapides de l'état de santé des populations, comprenant notamment les enquêtes de mortalité, les enquêtes nutritionnelles, l'évaluation de la couverture vaccinale, des conditions d'abri, de l'accès à l'eau et à l'assainissement. Ces outils sont devenus indispensables pour orienter les interventions et adapter les réponses aux besoins réels des populations affectées.

Depuis sa création, Epicentre a réalisé près de 170 enquêtes de mortalité, souvent dans des contextes de conflit, de déplacement massif de populations ou d'accès extrêmement limité. Plusieurs enquêtes historiques ont marqué l'histoire de l'organisation. L'une des premières enquêtes concernait les personnes déplacées arrivant à El Meiram en provenance d’Abieye et Northen Bahr el-Ghazal au Soudan en 1988. Elle a révélé un taux de mortalité exceptionnellement élevé (40 pour 10 000 personnes par jour) avec près d'un quart de la population disparue en quatre mois. 

En 1992 à Merca, en Somalie, en pleine guerre civile, une enquête de mortalité, fondée sur un échantillonnage aléatoire systématique, a mis en évidence des niveaux de mortalité extrêmement élevés, estimés entre 91 et 121 décès pour 1 000 personnes par an. Au-delà de ses résultats, elle a suscité d'importants débats au sein de MSF en raison de ses conditions de réalisation : les équipes avaient dû se déplacer sous protection militaire pour accéder à certaines zones.

Une autre enquête emblématique a été menée à Goma en République du Zaïre (désormais en République démocratique du Congo (RDC)) en 1994 au moment de l'arrivée massive de réfugiés rwandais à la suite du génocide. En l'espace de quelques jours, près de 800 000 personnes ont franchi la frontière vers l'est de la RDC, créant une situation humanitaire sans précédent. Malgré les réticences initiales de certains acteurs internationaux, dont le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) et le Centre pour le Contrôle et la Prévention des Maladies (CDC), une enquête de mortalité a été réalisée auprès d'environ 4 000 personnes afin de documenter l'ampleur de la crise. Les résultats ont révélé des taux de mortalité extrêmement élevés, estimés entre 20 et 25 décès pour 10 000 personnes et par jour. L'étude a montré qu'environ 10 % de la population était décédée en un mois, principalement en raison de l'épidémie de choléra qui a suivi l'afflux massif de réfugiés, puis d'une flambée de shigellose survenue dans les semaines suivantes.

Au fil des décennies, de nombreuses autres enquêtes ont marqué l'histoire de MSF et d'Epicentre. Réalisées dans des contextes de conflit, d'épidémies ou de déplacements massifs de populations, elles illustrent la capacité des équipes à produire des données fiables malgré des conditions d'accès extrêmement difficiles. 

Pourquoi mesurer la mortalité et les violences ?

Ces enquêtes de mortalité occupent une place centrale dans l'action de MSF. Elles permettent d'estimer l'ampleur d'une crise, de guider l'allocation des ressources et de s'assurer que les bonnes interventions sont mises en œuvre au bon endroit et au bon moment. Au-delà de leur intérêt opérationnel, elles constituent également un puissant outil de témoignage et de plaidoyer. En documentant de manière indépendante et rigoureuse les décès survenus au sein des populations, elles permettent d'alerter la communauté internationale sur des crises parfois peu visibles et de fonder les prises de décision sur des données fiables.

L’indépendance de MSF confère aux résultats produits par Epicentre une forte crédibilité. Même si les enquêtes ne sont pas réalisées dans cet objectif, elles peuvent également contribuer à établir les faits dans des contextes marqués par des controverses ou des accusations de violations du droit international. Les données recueillies ont ainsi été mobilisées dans des procédures judiciaires internationales, notamment concernant les Rohingyas, où elles ont constitué une source majeure d'information pour documenter l'impact des violences sur les populations civiles.

Panorama des méthodes d'estimation de la mortalité et des violences

La session a ensuite présenté les différentes méthodes disponibles pour mesurer la mortalité et les violences en zone de conflit, chacune répondant à des contraintes spécifiques. Dans ces environnements marqués par l'insécurité, les déplacements de population et les difficultés d'accès, les épidémiologistes doivent constamment trouver un équilibre entre rapidité de mise en œuvre, faisabilité opérationnelle et précision des résultats.

Les estimations rapides, basées sur des enquêtes simplifiées, sont relativement peu coûteuses et rapides à mettre en œuvre. Elles nécessitent généralement peu de ressources et peuvent être réalisées avec l'accord des autorités ou des communautés locales. Bien que moins précises que des enquêtes plus complètes, elles permettent d'obtenir rapidement des indications sur la gravité d'une crise et peuvent avoir un impact important sur l'orientation de la réponse humanitaire ou en termes de communication.

Les enquêtes auprès des populations déplacées offrent quant à elles des données plus robustes sur la mortalité et les violences. Elles nécessitent cependant davantage de préparation, notamment l'obtention d'autorisations éthiques et réglementaires, ce qui peut ralentir leur déploiement. Dans les contextes de déplacements successifs, elles présentent également certaines limites : les personnes interrogées doivent parfois se souvenir d'événements remontant à plusieurs mois, ce qui expose à des biais de mémoire, et les résultats ne concernent que les ménages ayant effectivement atteint les sites d'accueil.

Deux enquêtes récentes menées auprès des personnes ayant fui le camp de Zamzam, au Soudan, illustrent l'intérêt de cette approche. Réalisées respectivement à Tawila au Soudan et dans des camps de réfugiés au Tchad, elles visaient à documenter les conditions de vie et les violences subies avant, pendant et après leur fuite. À Tawila, le taux brut de mortalité était estimé à 1,24 décès pour 10 000 personnes par jour, avec un taux de mortalité significativement plus élevée chez les hommes. Plus de la moitié des décès recensés étaient attribués à des actes de violence, principalement des tirs par arme à feu et des explosions, survenus à El Fasher ou durant le trajet de fuite. Au Tchad, le taux brut de mortalité atteignait 1,41 décès pour 10 000 personnes par jour et les décès rapportés étaient eux aussi majoritairement liés aux violences subies à Zamzam, à El Fasher ou lors du déplacement initial. Ces enquêtes fournissent d’importantes informations sur les violences vécues par les populations déplacées, tout en rappelant leurs limites, notamment pour documenter les violences sexuelles et le fait qu’elles ne concernent que les personnes qui ont atteint le site ou l’enquête a eu lieu.  

Lorsque l'accès direct aux populations est impossible, d'autres stratégies peuvent être utilisées. Les enquêtes de cohorte auprès de populations "proxy" consistent par exemple à interroger des groupes dont les caractéristiques se rapprochent de celles de la population étudiée. Une telle approche a notamment été utilisée à Gaza auprès des ménages du personnel de MSF et de leurs cousins. Elle permet de recueillir des informations dans des contextes d'accès extrêmement restreint, mais les résultats ne peuvent être considérés comme représentatifs de l'ensemble de la population.

Les enquêtes téléphoniques ou par SMS constituent une autre alternative lorsque les réseaux de communication restent fonctionnels. Leur principal avantage est de permettre une collecte rapide des données à distance. Toutefois, elles nécessitent l'existence de bases de numéros fiables et accessibles et souffrent souvent de faibles taux de participation. Une étude réalisée au Cameroun a montré que les estimations de mortalité obtenues par téléphone étaient comparables à celles recueillies lors d'enquêtes en porte-à-porte, mais moins fiables pour mesurer les déplacements de population. Les enquêtes par SMS se sont quant à elles heurtées à des taux de réponse particulièrement faibles.

Plus récemment, Epicentre explore des approches fondées sur les réseaux familiaux, qui consistent à recueillir des informations sur les membres d'une même famille dispersés dans différentes zones géographiques. Cette méthode présente un fort potentiel pour atteindre des populations inaccessibles et un projet pilote est projeté au Soudan afin d'en évaluer les performances et les limites.

Toutes ces approches rétrospectives sont exposées à plusieurs défis méthodologiques, notamment les biais de mémoire liés aux longues périodes de rappel et les difficultés de reconstitution des ménages dans des contextes marqués par les séparations familiales et les déplacements répétés. D'autres outils peuvent également être mobilisés, tels que les enquêtes auprès d'informateurs clés, l'analyse d'images satellitaires ou encore des approches combinées reposant sur des méthodes de capture-recapture. Un suivi prospectif assuré par des agents de santé communautaires peut également être envisagé lorsque les conditions de sécurité le permettent.

Enfin, les intervenants ont rappelé que les enquêtes ne constituent qu'une partie du dispositif de documentation des crises. Les données issues des programmes médicaux de MSF apportent elles aussi des informations essentielles sur la mortalité, les violences, y compris les violences sexuelles et la torture, mais également sur leurs conséquences en matière de nutrition, de santé mentale ou de santé publique. La combinaison des données quantitatives et qualitatives apparaît aujourd'hui aussi indispensable pour comprendre les crises, adapter les opérations humanitaires et renforcer le plaidoyer en faveur des populations affectées.

Traumatismes et brûlures à Gaza : documenter les conséquences à long terme de la guerre

La dernière présentation a d’ailleurs porté sur une étude rétrospective menée au Nasser Medical Complex à Gaza, l'un des rares hôpitaux ayant pu maintenir une activité de prise en charge des traumatismes et des brûlures malgré le conflit. Les résultats illustrent l'ampleur du fardeau humain engendré par la guerre : plus de 30 000 patients admis entre mai 2024 et juin 2025, majoritairement pour des traumatismes liés aux violences, notamment aux explosifs et aux tirs.

L'étude montre que les traumatismes touchent principalement les hommes adultes, tandis que les brûlures affectent de manière disproportionnée les enfants et surviennent souvent dans le cadre domestique. Les variations du nombre d'admissions pour traumatisme au cours du temps reflètent également l'évolution du contexte sécuritaire et les difficultés d'accès aux soins.

Malgré des contraintes extrêmes, les équipes ont rapporté une faible mortalité hospitalière un faible taux de complications enregistrées et une forte proportion de patients renvoyés chez eux. Toutefois, le nombre important d'amputations, de brûlures sévères et de fractures complexes met en lumière des besoins massifs et durables en chirurgie reconstructive, rééducation et prise en charge du handicap.

Au-delà de la mortalité directement liée aux conflits, les données présentées rappellent l'importance de documenter la morbidité, les incapacités et les besoins de soins à long terme. La protection des structures de santé et le maintien de capacités chirurgicales et de réadaptation sont essentiels pour limiter les conséquences durables des crises humanitaires sur les populations.

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