Approche mixte pour décrire la violence et la mortalité chez les réfugiés maliens et les populations d’accueil : une étude transversale et participative dans le district de Bassiknou, en Mauritanie
Type d'étude
Enquête rétrospective à méthodes mixtes
Contexte
Depuis 2012, la Mauritanie accueille des réfugiés maliens, dont les nouveaux flux de déplacement, observés depuis 2023, se concentrent dans le département de Bassikounou. De nombreux réfugiés ont fui la violence et se retrouvent dans des conditions de vie précaires au sein des villages d’accueil. Cette étude à méthodes mixtes a été menée afin d’évaluer le contexte de violence et de mortalité chez les réfugiés maliens, tout en explorant les expériences et les conditions de vie des réfugiés et des communautés d’accueil.
Notre rôle
- Coordination
Méthodologie
Une enquête rétrospective utilisant un échantillonnage par grappes en deux étapes (126 grappes) a été menée à l’aide d’images satellites des abris des réfugiés et des communautés d’accueil à Bassikounou (à l’exclusion du camp de Mbera). Les familles appartenant aux grappes sélectionnées ont été incluses. Les données sur la mortalité couvraient une période de 17 mois (août 2023 – janvier 2025). Une approche qualitative menée par des pairs a permis de contextualiser les dynamiques de violence.
Résultats
• Mortalité : le taux brut de mortalité des réfugiés (0,33 pour 10 000 par jour) était deux fois plus élevé que celui de la population d’accueil (0,17 pour 10 000 par jour). La violence était à l’origine de 58,3 % des décès parmi les réfugiés, les deux tiers d’entre eux ayant eu lieu au Mali.
• Violence : 5,9 % des réfugiés ont déclaré avoir subi des violences, contre 0,5 % des populations d’accueil. Les actes de violence impliquant des armes à feu ou des armes blanches ont exclusivement touché des réfugiés au Mali.
• Estimation de la population : hors camp de Mbera, on dénombre environ 29 739 réfugiés, 692 rapatriés et 94 898 résidents dans la zone d’accueil des réfugiés à Bassikounou.
• Contexte : les réfugiés ont décrit des violences extrêmes – massacres, pillages et intimidations – subies avant ou pendant leur exil, qui ont provoqué un profond traumatisme collectif, les conditions précaires de l’exil exacerbant le fardeau psychologique.
Conclusion
Les réfugiés maliens ont été confrontés à une mortalité et à une violence disproportionnées, ce qui souligne l’insécurité qui règne au Mali. Les décès de réfugiés sont principalement liés à la violence dans leurs régions d’origine. Malgré les risques, de nombreux réfugiés expriment leur intention de rentrer chez eux. Les résultats soulignent la nécessité d’un plaidoyer urgent en faveur de la protection des civils et d’interventions ciblées visant à remédier aux conséquences de la violence subie, afin de répondre aux besoins psychosociaux, sanitaires et économiques.