Evaluation d’une riposte localisée pour enrayer les épidémies de choléra

Mercredi 22 juin 2022
Choléra
Introduction
Si tout le monde s’accorde sur le fait qu’en réagissant rapidement et localement face à l’apparition de nouveaux cas de choléra, les chances d’arrêter l’épidémie ou du moins de freiner sa propagation sont multipliées. Les actions et le périmètre de cette riposte demeurent sujets d’interrogation. Le projet CATI coordonné par Flavio Finger pour Epicentre et dont une première phase d’évaluation vient d’être lancée en République Démocratique du Congo (RDC) a pour but d’évaluer l’efficacité de réponses composées d’un panier d’actions visant à endiguer la transmission de plusieurs façons.
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CATI RDC
Corps éditorial

Quel risque représente le choléra aujourd’hui ?

Flavio Finger : Des épidémies de choléra surviennent régulièrement dans les régions où les systèmes d'assainissement et d'approvisionnement en eau potable sont défaillants. Rien qu’en Afrique et au Moyen-Orient, 126 millions de personnes vivent dans des zones fréquemment exposées à des épidémies de choléra. Les conséquences du choléra sont difficilement estimables, puisque la majorité des cas n’est pas déclarée, et le nombre de décès estimé oscille entre 21 000 à 143 000 chaque année (1).

De 2017 à 2018, des épidémies importantes avec 16 000 à 1,3 million de cas signalés sont notamment survenues lors des crises humanitaires au Yémen, en RDC, en Somalie, dans le nord du Nigeria et au Soudan du Sud. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à des flambées de cette maladie diarrhéique très contagieuse causée par l'ingestion d’eau contaminée à Goma et à Kaniro dans la province du Nord-Kivu en RDC.

Quelles est la réponse face à une telle situation ?

FF : Avec l'appui de Médecins sans frontières (MSF), le ministère de la Santé de la RDC tente de juguler ces épidémies en prenant en charge les malades, en multipliant les campagnes de sensibilisation, en distribuant des produits pour traiter l’eau, en agissant sur les systèmes d’approvisionnement en eau potable et les systèmes sanitaires.

Parallèlement, nous allons évaluer la stratégie dite CATI pour « Case-Area Targeted Intervention » pour contenir et limiter la durée de l’épidémie. Son principe repose sur une action ciblée dans le rayon à haut risque autour des clusters composés le plus souvent d’un ou plusieurs ménages pour empêcher la propagation. Les foyers d’épidémie sont en effet alimentés par un cycle rapide de transmission au sein des foyers familiaux et dans le voisinage proche, et ce, en raison d'une période d'incubation courte allant de quelques heures à 5 jours, d’une excrétion bactérienne qui dure de quelques jours à 2 semaines et de la contamination de l'eau et des aliments qui en résulte.

Au vu d’analyses conduites dans le passé, la zone spatio-temporelle à haut risque correspond à un cercle de 100 à 250 mètres autour des foyers où des cas ont été identifiés pendant une période de 7 jours. Quant aux interventions, elles peuvent consister en une chimioprophylaxie antibiotique, des interventions de promotion de l'hygiène et la distribution de kits d’hygiène ainsi qu’une dose de vaccination orale, ce qui fait d’ailleurs la spécificité de « nos » CATI. A noter qu’en RDC, la deuxième dose du vaccin sera administrée dans un second temps pour augmenter la durée de la protection. Selon le contexte local et les considérations opérationnelles, ces interventions peuvent être toutes combinées, ou limitées à certaines, être mises en place en parallèle ou successivement.

L’efficacité préventive sur l’individu de ces actions est connue. En revanche leur potentiel pour endiguer une épidémie dans sa globalité demeure mal connu et dépend de leur combinaison, leur enchainement et le moment de leur mise en œuvre. En fonction du contexte, les équipes médicales de MSF décident donc des interventions de type CATI à mettre en place et de leur rayon d’action.

Notre étude vise à évaluer l’impact des différentes interventions CATI mises en œuvre sur la propagation d’une épidémie, sachant que celles-ci peuvent combiner des effets immédiats avec une protection à plus long terme via la vaccination. Notre objectif est de mieux définir la riposte à mettre en place en cas d’apparition de foyer de choléra. Il faut rappeler toutefois que le déploiement d’une riposte de type CATI dépend de l’existence d’une surveillance efficace.

Quels sont les autres moyens de lutte contre le choléra ?

FF : La lutte contre le choléra passe en priorité par un accès à l’eau potable et à des solutions d’assainissement. Un autre facteur déterminant est la vaccination. Il existe des vaccins oraux préqualifiés par l’OMS auxquels nous pouvons avoir recours dans le cadre du projet CATI, ce qui n’était pas le cas dans les CATI précédemment développés. Des campagnes de vaccination de masse auprès de populations considérées à risque d’épidémie peuvent également être envisagées comme moyen de prévention. D’ailleurs, une autre étude menée par Epicentre en RDC vise à mieux quantifier l’impact de ces campagnes et le potentiel de propagation de la maladie après celles-ci.

Aux côtés de ces deux points figurent dans la feuille de route du groupe spécial mondial de lutte contre le choléra, la détection précoce et la riposte rapide pour endiguer les flambées épidémiques de choléra. L’étude CATI que nous venons de lancer en RDC et qui devrait prochainement s’étendre au Cameroun et à d’autres pays si des flambées surviennent s’inscrit pleinement dans cet objectif. Depuis de nombreuses années, Epicentre participe aux programmes de MSF pour améliorer la prise en charge des patients atteints de choléra et déployer de nouvelles stratégies de réponse et de prévention pour cette maladie qui touche les populations les plus vulnérables à travers le monde.

 

(1) Source WHO https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/cholera

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Epidémiologiste

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